Corrigez-moi si je me trompe, mais des formations métal en provenance de la Tunisie, il n’y en a pas des masses. En fait, en y réfléchissant bien, je ne pense pas en connaître une seule. Désormais, si, puisque c’est de Tunis que provient l’ensemble Persona.

Constitué de six musiciens, le groupe met en valeur sa charmante chanteuse (Jelena Dobrić) et mise aussi sur le fait qu’il évolue (pour l’instant) de manière indépendante. Je serai franc: normalement, si je ne m’étais fié qu’à la pochette, je ne crois pas que je me serais aventuré plus loin, puisque son esthétisme me rejoint peu. Peut-être que l’image projetée me laissait croire à une quelconque réplique de Nightwish, Xandria ou Within Temptation, des groupes qui ne m’attirent pas tant au départ. Il est certes difficile de ne pas tracer de parallèle entre ces groupes et Persona, mais pour une raison qui m’échappe Persona m’atteint musicalement parlant comme aucun autre des ensembles pré-cités n’est parvenu à le faire. Metamorphis, second enregistrement du sextuor, s’avère même un réel coup de cœur.

J’affirme «pour une raison qui m’échappe», mais je crois bien qu’en réalité, c’est une combinaison de facteurs qui font en sorte que je me retrouve autant interpellé par Metamorphosis. Je dirais d’abord que la facture de la production est invitante. L’ensemble est plutôt bien équilibré et chacun des instruments ressort avec clarté dans le mix. Si toutes les sections sont bien définies, ce n’est pas attribuable qu’à la réalisation, mais également aux arrangements fort bien peaufinés. La plupart des compositions sont relativement chargées et il se passe presque toujours quelque chose autour de la voix, mais l’ensemble respire étonnamment bien. La majorité des titres sont très bien construits et tout aussi inspirés.

Si la voix de Jelena Dobrić est, la majeure partie du temps, hyper mélodique et «clean», l’interprète emploie parfois des vocaux extrêmes. On retrouve ceux-ci avec parcimonie, mais leur utilisation est toujours juste et efficace. Il faut également souligner l’apport des tous les autres musiciens de Persona. Les guitares de Melik Melek Khelifa et Yosri Ouada passent des riffs bien rythmés aux envolées senties, dignes de leurs principales sources d’inspirations (Megadeth, Dream Theater, Paradise Lost, Opeth et Queen pour en nommer quelques-unes). La bassiste Nesrine Mahbouli propose un jeu plus en retenu qui ne fait pas appel à la virtuosité, mais soutient ses collègues avec aplomb. Il en va de même pour Youssef Aouadi qui n’en fait jamais trop à la batterie tout en apportant ce qu’il faut de dynamisme et de variantes pour garder l’intérêt de l’auditeur. Enfin, Walid Bessadok évite ce qui peut parfois (souvent) franchir la limite du bon goût aux claviers au sein de groupes du même acabit. Ici, la présence du piano, des synthés et des arrangements orchestraux ne jurent ou ne détonnent jamais de l’ensemble. Un très bel atout pour le combo tunisien.

Dépassant l’heure bien sonnée de musique (près de 67 minutes pour être précis), Metamorphosis s’écoute aisément d’un bout à l’autre. À l’exception de la pièce Hellgrind qui m’apparait légèrement plus terne par rapport à l’ensemble, tout le reste est fameux, mais j’avoue avoir des préférences pour The Omen of Downfall, Esurience Guilefulness Omnipotence, la prenante Netherlight qui offre une superbe progression mélodique et harmonique aux voix, la contrastante Invidia ainsi que les trois derniers titres qui concluent l’opus avec intensité, mais aussi avec une belle sensibilité. En ce qui me concerne, Metamorphosis me renvoie au même genre d’enthousiasme que j’avais ressenti lorsque j’avais entendu Angel’s Cry d’Angra il y a de cela… 23 ans!

J’espère que nous aurons l’occasion de voir Persona à Montréal dans un avenir rapproché. En attendant, vous pouvez vous procurer le CD ou acheter la version numérique sur bandcamp.


Le cellier met en valeur des découvertes du métal pour étancher la soif des plus curieux. Il s’agit notamment d’enregistrements dignes de mention qui étaient passés sous mon radar au moment de leur sortie.

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