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CritiqueMusique

Gazpacho : Demon

C’est bien connu, la Norvège est réputée pour ses nombreux groupes black métal. Il faut dire qu’il y a là une forte concentration de bands qui se dévouent à cet art musical extrême et obscur. Mais tous les musiciens issus de ce pays scandinave ne donnent pas systématiquement dans ce sous-genre. Gazpacho en est l’exemple parfait.

En plus de son drôle de nom, Gazpacho (oui, comme la soupe froide) a peu en commun avec la culture du métal. Paradoxalement, c’est sur le blogue dédié au métal Angry Metal Guy qui a élu Demon (huitième enregistrement studio du groupe!) l’album du mois, que j’ai ainsi découvert le sextuor d’Oslo. Et Demon est sans l’ombre d’un doute une bien belle entrée en matière.
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On peut parler de ce disque comme étant un album concept, puisque Demon se base sur un manuscrit qu’aurait laissé un locataire inconnu ayant vécu dans un appartement à Prague. Comportant divers diagrammes et d’étranges divagations, cet espèce de journal intime relaterait «la découverte de la source d’une présence incarnant le mal dans notre monde». Cette présence, le «Démon», agirait «en toute conscience et sans aucune pitié avec ce désir profond de créer le mal autour de lui». L’auteur anonyme de ce manuscrit a ainsi écrit ses pensées, comme s’il pourchassait cette présence maligne depuis des millénaires.

Ce point de départ a été une idée suffisamment intéressante pour Gazpacho afin de composer quatre morceaux divisés en quelques parties, totalisant 46 minutes de rock atmosphérique et envoûtant empreint d’une certaine mélancolie, tout en plongeant l’auditeur dans un univers pour le moins sombre et torturé.

L’aspect retenant d’abord l’attention (et qui risque d’en séduire plusieurs) est le timbre vocal réconfortant du chanteur Jan-Henrik Ohme, qui s’apparente par moments à celui de Matthew Bellamy (Muse), tantôt à la voix de Joey Burns de Calexico, avec cette même fragilité qu’on retrouve chez Alexandre Désilets. Les arrangements aussi subtils qu’éthérés risquent aussi d’en charmer plusieurs. L’apport du violoniste Mikael Krømer n’est pas non plus à négliger et s’avère d’autant plus significatif lors de passages où ce dernier évoque de manière plutôt naturelle la musique folklorique tzigane. Enfin, la qualité de la production, riche en dynamiques, est notable, d’autant plus que cette musique a besoin de respirer.

Fortement recommandé si vous possédez quelques affinités avec la musique de Radiohead, Porcupine Tree et Sigur Ros.


Le premier extrait, correspondant à la première section de la pièce The Wizard of Altai Mountains, rappelle un peu l’esprit de la version de Mad World (Tears for Fears) interprétée par Gary Jules. D’une simplicité et d’une beauté désarmante.


Site officel de Gazpacho