Le métalcoolique que je suis a passé l’année à s’abreuver de métal de tous les styles et de tous les horizons. J’ai donc bu du tord-boyaux qui décape en simonac et siroter quelques breuvages pas piqué des vers. De l’aquavit en passant par la koskenkorva, l’ouzo, le ratzeputz, le bourbon, le vin espagnol, les bières australiennes et belges et la bonne vielle 50, je peux dire que 2014 est une année exceptionnelle. Non, je te dis pas ça parce que j’ai trop bu. Je le pense vraiment.

Vrai qu’à chaque année je considère qu’il y a eu de la mautadine de bonne musique métallique. Par contre, 2014 entre à mon humble avis dans une catégorie à part. Pour que j’aie du mal à établir un top 50, faute d’une surabondance de matériel de qualité, c’est qu’il s’en est produit, des records de haut calibre.

Le pire, c’est que même après m’être saoulé de toute cette musique, j’ai encore et toujours « soif dans yeule tabarnak » !

En attendant de pouvoir connaître mon ultime top 10 qui se retrouvera dans le très attendu BestOv 2014 sur Boulevard Brutal, je vous suggère le reste des meilleurs albums métal de 2014, étalé sur quelques billets au cours du mois de décembre.

Voici donc les positions 20 à 11.

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20. THE OATH – The Oath
Heavy Metal | Suède/Allemagne
(Rise Above Records)

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Jill Janus peut aller se rhabiller (littéralement). C’est que la guitariste suédoise Linnéa Olsson (qui a récemment rejoint les rangs de Beastmilk) et la chanteuse berlinoise Johanna Sadonis, les blondes du groupe mort-né The Oath, au-delà d’un certain sex-appeal, s’avèrent bien plus talentueuses et charismatiques musicalement parlant. Mais ce n’est pas seulement ce qui fait de cet album – à la fois éponyme et posthume – une réussite. Fans de Ghost et In Solitude, prenez des notes. Si le heavy occulte et psychédélique ramenant à la fin des années 70 et au début de la décennie suivante vous fait sentir tout drôle dans le bas du ventre, jetez votre dévolu sur The Oath. Le groupe européen ne réinvente absolument rien, mais c’est probablement un de ceux qui reproduisent le mieux l’esprit du genre. De la pochette à la production, on jurerait que The Oath est une relique du passé. Si le son de la guitare sur All Must Die invoque celui de Motörhead, c’est sa finale envoûtante qui vous convaincra de deux choses : The Oath accouche de lignes mémorables et vous avez bien faits de vous adonner à l’écoute de l’album. Vous ne resterez pas insensibles à la power ballad qu’est Leaving Together (un des faits saillants ici) faisant revivre l’esprit de Randy Rhoads vers la toute fin du morceau. Une valeur sûre.

19. MORBUS CHRON – Sweven
Death Metal | Suède
(Century Media)

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Il suffit d’être plus ou moins attentif pour que ce disque paraisse ennuyeux au premier abord. C’est que, ce second enregistrement de Morbus Chron intitulé Sweven n’abonde pas dans la même direction que leur précédent Sleepers in the Rift. Il faut préciser que Morbus Chron s’éloigne du death « à la Entombed », pour livrer un album beaucoup plus nuancé. Les musiciens suédois ont de tout évidence travailler afin de mieux définir leur identité musicale. Sweven s’avère ainsi un disque introspectif qu’il faut apprivoiser, devenant de plus en plus attreyant avec le temps. Alternant fréquemment entre guitares acoustiques ou cleans et des riffs heavy, les interventions vocales se font discrètes, voire presque rares. On semble cette fois vouloir miser davantage sur les ambiances en laissant place à de longues phrases instrumentales ou figures rythmiques qui reviennent même d’une pièce à l’autre. Pour apprécier Sweven à sa juste valeur, l’immersion complète est suggérée.

18. AT THE GATES – At War With Reality
Death Metal | Suède
(Century Media)

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Même s’il est encensé dans plusieurs palmarès de fin d’année, peut-on parler de At War With Reality comme étant l’album métal de 2014? Sincèrement, je ne crois pas. Est-ce que la nouvelle offrande de At The Gates est mauvaise pour autant? Pas du tout! Ce disque suivant un hiatus prolongé de près de 19 ans est bon. Très bon, même. Les fans du groupe n’ont aucune raison de bouder cette récente parution. Demeurant dans la continuité de Slaughter Of The Soul – certains riffs ressemblent d’ailleurs drôlement à quelques passages du célèbre classique de 1995 – le groupe n’arrive hélas pas à se surpasser. Un pari qui était difficile à relever. Cela étant dit, At War With Reality se défend bien, tout en apportant son lot de lignes prenantes et efficaces, et le disque semble mieux équilibré dans l’ensemble. At The Gates prouve qu’il s’agit d’un groupe encore capable d’être pertinent, mais surtout qu’il reste l’un des maîtres incontestés du death métal mélodique.

17. EYEHATEGOD – Eyehategod
Sludge | États-Unis
(Housecore Records)

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Tabarnak! C’est vraiment la première chose qui m’est passée par la tête lorsque j’ai entendu le premier extrait (Agitation!Propaganda!) de cet album éponyme paru sur l’étiquette de disque de ce bon vieux Phil Anselmo. On pouvait déjà discerner les influences punk dans l’attitude du groupe sludge de la Nouvelle-Orléans, notamment dans la manière qu’a le chanteur Mike Williams de cracher son fiel, mais ce premier morceau transpire le hardcore à plein nez. Et on aime ça. Fuck oui! Un autre élan de hardcore retentit sur Framed to the Wall, mais pour le reste, Eyehategod nous sert une bonne dose de riffs aussi sales, pesants et bluesy qu’à l’habitude. Sachant que le groupe ne l’a pas eu facile, en plus du décès du batteur Joey LaCaze en 2013, le retour d’Eyehategod, un des groupes les plus marquants de la scène NOLA, était aussi inattendu qu’inespéré. Un essentiel donc, pour les fans du groupe, mais aussi pour les amateurs de sludge qui décape.

16. PALLBEARER – Foundations of Burden
Doom | États-Unis
(Profound Lore)

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Dès la première phrase musicale de ce second album intitulé Foundations of Burden, j’ai eu le sentiment que j’allais être envoûté par la musique de Pallbearer. Vous comprendrez que ça été le cas. Empreint de mélancolie, la pesanteur des guitares, appuyées par une basse et une batterie massives, traduit brillamment le sens du mot burden (fardeau). Si je n’avais pas été immédiatement convaincu par leur précédent Sorrow and Extinction (que j’apprécie désormais, soit dit en passant), il en a été tout autrement avec le supérieur Foundations of Burden. La voix du chanteur et guitariste Brett Campbell est beaucoup mieux maîtrisée, ce qui vient fortifier les fondations de ce groupe américain dont on risque d’entendre parler pour encore un certain temps.

15. FLUISTERAARS – Dromers
Black metal | Pays-Bas
(Eisenton)

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C’est peut-être un adon, mais il semble que dernièrement, quelques groupes se plaisent à livrer des albums ne comprenant que 3 pièces et dont les durées de celles-ci varient entre 9 et 20 minutes. Ça été le cas avec Lycus (Tempest, 2013), ça l’est avec Nux Vomica et c’est aussi ce qu’on observe avec l’album intitulé Dromers de Fluisteraars. Signifiant « rêveurs », Dromers démarre en force avec De Doornen, la pièce la plus longue, mais aussi la plus intéressante du lot. Dans une esthétique plus traditionnelle du black métal mélodique, ce morceau se divise en quatre grandes sections où les riffs hypnotisants s’enchaînent avec fluidité. Avec un son de basse pénétrant, la troisième section possède un enchaînement envoûtant pour aboutir sur une conclusion toujours mélodique, mais toute aussi atmosphérique; plus près de ce que peut parfois livrer un groupe comme Enslaved, quoi. Si les deux autres titres sont légèrement moins puissants, Fluisteraars nous balance toutefois une solide proposition black qui devrait enchanter les fans de Dissection, Agalloch et Primordial. Émotions vives garanties.

14. LURK – Kaldera
Doom/Sludge | Finlande
(Doomentia Records)

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Les premiers sons qui émergent de Kaldera, deuxième effort du ténébreux groupe de doom/sludge Lurk, sont ceux d’une clarinette basse. Vous avez bien lu. Une clarinette basse! Annonciatrice d’un événement apocalyptique, la note soutenue de Below Flesh aboutit à un solide riff obscur exécuté par cette même clarinette et doublée à la guitare. Une entrée en matière de bon augure qui ne trompe pas. Tout comme sur leur premier disque éponyme, Lurk nous impose des riffs pesants et dévastateurs avec un sens du groove encore plus développé qu’auparavant. Proposant des compositions simples, mais une musique davantage raffinée (on a quand même droit à du violoncelle et du violon sur 6 Feet, 6 Years), le quatuor finlandais n’a rien perdu de sa lourdeur et de son côté décapant. La voix rauque de K. Koskinen qui peut s’apparenter à celle de L.G. Petrov d’Entombed est toujours aussi dévastatrice. Et Koskinen tente même quelques lignes plus mélodiques sur l’excellente Sag Serene, tout comme sur la sombre Rest Unitaries. Tantôt bluesy (la pièce titre), parfois poignant (la fin de Cutting tue), on a droit a du métal de qualité qui mérite d’être louangé. Un groupe encore trop méconnu qui mériterait beaucoup plus d’attention et de soutien de la part de la communauté métal.

13. VAMPIRE – Vampire
Death Metal | Suède
(Century Media)

vampire

Ils l’ont l’affaire, les Suédois! Bon… Vrai qu’en terme d’innovation, Vampire ne remportera pas de prix, mais sérieux, ce disque se résume à du gros fun noir. Surfant eux aussi sur la vague old school, ces suceurs de sang possèdent un avantage que bien d’autres musiciens doivent leur envier. Disons-nous donc les vraies (de vraies) affaires : Vampire est une hostie de puissante machine à riffs accrocheurs. Une arme redoutable qui joue en faveur du groupe. Les mauvaises langues peuvent bien les traiter de poseurs en pleurnichant qu’un groupe comme Repugnant a existé avant eux. Je m’en contre-torche! D’abord parce qu’il y a aussi eu d’autres bands avant Repugant qui ont eux aussi profané ce cimetière lugubre, mais surtout car cet album echaîne des titres tellement satisfaisants (Orexis, Howl From The Coffin, The Fen et Under the Grudge séduisent sur le champ, mais acune composition n’est ennuyante), que tu ne voudrais rater ce bal de vampires pour tout le sang du monde.

12. AS LIGHT DIES – TLA Vol. 1
Death progressif | Espagne
(MAA Productions)

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Ce troisième album du groupe espagnol As Light Dies demeure l’une des meilleures parutions cette année. Pourquoi? Parce que les compositions, cinq au total, entrecoupées par autant d’interludes, sont toutes sans exception de grande qualité. Avec des idées musicales et des riffs à la pelletée, le tout aurait pu sombrer vers une cacophonie chaotique, mais l’ensemble tient incroyablement bien la route. Chacune des pièces – de l’étonnante et poignante Orpheus Mourning jusqu’à Farewell From Distant Shores – réserve des phrases d’une étonnante beauté. Difficile de contenir As Light Dies dans une seule catégorie, puisque les multiples influences des musiciens établis à Madrid sont aussi vastes que le registre des genres par lesquels le groupe s’exprime. On a donc du métal progressif ou d’avant-garde qui tend vers le death technique, le gothique ou qui flirte avec l’électronique. Autre point intéressant face à ce TLA vol.1, c’est qu’il traite de l’amour. TLA est un acronyme pour The Love Album. Évidemment, on ne parle pas de l’amour sous un angle naïf et à l’eau de rose. As Light Dies préfère en traiter d’un point de vue sombre et tragique. Ainsi, on évoque les blessures profondes liées à l’amour. Des effets négatifs et de la folie qu’il peut causer, puisque comme le groupe le souligne : «toute histoire d’amour n’a jamais de fin heureuse.» Dans cet esprit, le concept se marie parfaitement à la musique.

11. SOLSTAFIR – Ottà
Post-metal | Islande
(Season Of Mist)

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Beau. Il s’agit tout simplement du premier mot qui me vient à l’esprit pour décrire, instinctivement, le plus récent album du groupe islandais Sólstafir. Le quatuor, qui a démarré sa carrière en proposant un black métal flirtant avec le punk et le rock (bien sale, il faut le dire), s’est assagit au fil du temps. Assez rapidement en fait. Et franchement, c’est très bien ainsi, surtout lorsqu’en résulte une oeuvre comme Ótta. Je pourrais y aller d’une comparaison disons, facile, en supposant que si Sigur Ros décidait de faire une album métal, cela donnerait quelque chose comme Ótta. Mais ce cinquième enregistrement de Sólstafir mérite bien plus qu’une banale comparaison. Le groupe mérite en fait que vous écoutiez attentivement ce disque, où chacune des pièces propose un savant mélange de textures et de mélodies éthérées (Lágnætti), sans négliger une certaine intensité, autant dans les instants de mélancolie (Miðaftann) que lors de riffs plus heavy (Nón). Les arrangements (cordes, piano, clavier Rhodes), la richesse sonore et la réalisation appuyant d’excellentes compositions en font un album de post-metal magnifique. Il s’agit pour ma part d’un véritable coup de foudre. Comme je le mentionnais au départ, c’est beau!


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