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CritiqueMusique

Metalhead : Am I Evil?

Présenté dans le cadre du Festival Fantasia, Metalhead est loin d’être un mauvais film, mais ce drame rural islandais n’est pas exactement ce à quoi je m’attendais.

metalhead-posterAlors qu’elle assiste à la mort accidentelle et tragique de son frère aîné, un adolescent friand de heavy métal, la jeune Hera, âgée de 12 ans, décide d’emprunter le style de vie de celui-ci pour conserver un souvenir vif de ce dernier. Ne parvenant pas à accepter le décès de son frangin, la jeune fille vivant dans un village reculé de l’Islande avec ses parents, de bons croyants propriétaires d’une petite ferme, a le sentiment que Dieu a une dette envers elle. Bien qu’elle veuille déjà fuir le nid familial, Hera n’y parvient pas. 10 années ont passée, et Hera, désormais adulte (Thora Bjorg Helga, aussi jolie qu’investie dans son rôle) n’est toujours pas arrivée à prendre le large. Toujours animée par un sentiment de révolte, cumulant les conneries et cherchant la provocation, son univers et ses convictions sont chamboulées par l’arrivée d’un nouveau prêtre et par la proposition inattendue d’un petit ami d’enfance.

Peut-être ai-je été berné la bande-annonce qui laissait présager un drame où une jeune métalleuse allait être portée à commettre des actes de plus en plus extrêmes, devenant une inconditionnelle de la scène black métal. C’est ce contexte particulier en toile de fond que j’envisageais … Peut-être est-ce également le titre – ce qu’il évoque à tout le moins – qui m’a induit en erreur. Or, Metalhead s’avère un drame relativement convenu, portant davantage sur les effets ravageurs du deuil lorsque l’on se laisse ronger par le silence, les remords ou la culpabilité.

Sûr que le métal est bien présent tout au long de ce film écrit et réalisé par Ragnar Bragason, puisque c’est dans cette culture musicale que l’héroïne se réfugie. On a ainsi droit à une trame sonore où l’on reconnait notamment Judas Priest (Victim of Changes), Diamond Head (Am I Evil?) et Megadeth (Symphony of Destruction). Mais au-delà de ce contexte précis, qu’on a d’ailleurs peu abordé dans la fiction au cinéma, l’essence profonde de Metalhead repose sur un drame familial possédant une portée universelle, puisqu’Hera aurait pu exprimer sa révolte autrement, tout comme le récit aurait pu avoir le même sens, s’il s’était déroulé dans un petit village du Québec, par exemple.

Au-delà de ce que j’avais envisagé face à Metalhead, je n’ai pu m’empêcher de me questionner quant aux motivations du personnage principal. Pas tant par rapport à son mal être, son isolement et ses frustrations, mais davantage par les actions qu’elle commet, qui ressemblent davantage à celles qu’aurait fait un adolescent de 16 ou 17 ans. D’autant plus que cette dernière n’en est pas à ses premières bêtises, sachant que que sa rébellion se manifeste déjà depuis l’âge de 12 ans. Je comprends bien qu’un de ses actes en particulier coïncide avec les excès de violence provenant du mouvement black métal au début des années 1990, mais pour le reste, je me permet une petite réserve.

Enfin, si les références au métal sont souvent sympathiques et parfois même sexy (oui, j’avoue ne pas avoir été impassible à la vue de cette jolie métalleuse sortant de son lit vêtue d’une culotte et d’un t-shirt de Master of Puppets), certains clichés ne sont pas évités à mon sens. En effet, j’ai l’impression que vis-à-vis un certain public, le métal pourrait encore être perçu comme n’étant qu’une musique pour jeunes gens en colère et en perdition, tandis que des situations tentant de les contourner s’avèrent peu subtiles (spoilers : on apprend que le prêtre, avant de trouver sa voie grâce aux Saintes Écritures, est passé à travers les épreuves de sa jeunesse grâce au métal, son tatouage d’Eddie sur le bras, mascotte d’Iron Maiden, étant une preuve à l’appui) ou manquent légèrement de crédibilité (le concert devant les habitants de village).

Jetons le blâme de ses petits bémols et détails m’ayant faits tiquer sur le dos d’un manque de recul, étant donné ma trop grande proximité à ce monde musical qui m’embrase encore depuis un peu plus de 25 ans. Sans se révéler comme une oeuvre transcendante, Metalhead demeure malgré tout un bon film à la fois sobre et sincère, doté de quelques scènes touchantes et de moments d’humour bienvenus.

3.5/5



Fiche technique

Réalisation : Ragnar Bragason
Scénario : Ragnar Bragason
Année : 2013
Interprètes : Thora Bjorg Helga, Ingvar Eggert Sigurðsson, Sveinn Olafur Gunnarsson, Halldóra Geirharðsdóttir
Studio : Mistery Island