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CritiqueMusique

Opeth – Pale Communion

Il ne faut jamais dire jamais. Mais disons que les chances qu’Opeth reviennent à une formule plus heavy nous ayant donné des albums magistraux de la trempe de Blackwater Park et Ghost Reveries sont bien minces. Pour l’instant du moins. En effet, Mikael Akerfeldt et sa bande s’adonnent exclusivement au rock progressif.

Je peux donc comprendre que des fans de la première heure soient déçus par ce changement de cap, d’autant plus que la nouvelle voie empruntée sur Heritage n’avait absolument rien de concluant (lisez ma critique publiée sur le Sinistre Magazine).

Je parle de « nouvelle voie », mais à bien y penser, cette direction s’avère, dans un sens, plutôt naturelle… Logique à tout le moins. D’abord, en faisant un survol rapide de son catalogue, Opeth a souvent combiné des éléments provenant du progressif et entrecoupé ses riffs heavy par de multiples phrases acoustiques et vaporeuses. Le groupe avait d’ailleurs déjà eu l’audace d’exclure toutes traces de death métal sur Damnation (2003). Alors, la direction artistique du band peut en faire rager certains ou même faire décrocher une poignée de fans, mais de là à y voir une trahison…

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Bref, Opeth s’adonne ces derniers temps à un rock progressif évoquant les beaux jours des années 70. Fine. Ce n’est pas plus mal que de faire dans le revival thrash ou la nostalgie du NWOBHM des années 80. Comme je le mentionnais plus haut, c’est que si Opeth parvenait à imbriquer des éléments de cette musique dite progressive à petite dose dans ses opus pre-2011, la tentative d’en faire un album complet avec Heritage donnait, à mon sens, l’impression qu’Akerfledt cherchait tellement à se dissocier de la sonorité associée à Opeth, qu’il avait perdu l’essence de son inspiration. Or, il en est tout autrement sur Pale Communion.

Ceux et celles qui espéraient un retour aux sources ont le choix de demeurer dans l’attente (éternelle?), ou d’accepter ou rejeter la proposition d’Opeth. Et bien que les suédois livrent une musique beaucoup plus « sage », qui, j’en conviens, ne peut pas plaire à tous, force est de constater qu’on renoue avec la signature d’Akerfeldt. Cela se manifeste dès le premier enchaînement d’accord suivant l’étrange entrée en matière d’Eternal Rains Will Comme. Prêtez ensuite une attention toute particulière à la ligne de guitare bluesy juste avant le cap de la 2e minutes. Venez me dire maintenant que celle-ci n’aurait pas pu se retrouver sur n’importe quel album depuis Blakcwater Park.

Pour ma part, lorsque j’ai entendu le premier extrait de ce Pale Communion, la chanson intitulée Cusp of Eternity, j’exprimais d »emblée mon enthousiasme sur Boulevard Brutal. Non seulement, la qualité d’écriture est notable, mais Akerfeldt fait preuve d’une solide interprétation vocale. Je dois avouer que je n’ai pas déchirer mon jeans à l’écoute de l’album en entier, mais je considère tout de même que ce nouvel opus est la meilleure offrande du groupe depuis Ghost Reveries.

Je n’aurais pas oser affirmer une chose pareille si tous les morceaux avaient ressemblés à Moon Above, Sun Below. La pièce réserve plusieurs belles surprises, mais certaines directions empruntées, notamment au niveau du chant, laissent perplexes. Par exemple, on a l’impression qu’Opeth essaie de se payer un trip à la Queen un peu avant la cinquième minutes et le résultat est… douteux. Ce genre de détail gâche un peu l’ensemble du titre faisant tout près de 11 minutes.

Suit Elysian Woes avec un mellotron bien présent. Le genre de pièce cadrant parfaitement avec ce que le groupe enregistrait sur Damnation. Opeth suggère ensuite Goblin, dont le titre se veut, de toute évidence, un clin d’oeil au groupe italien à qui l’on doit notamment la superbe trame sonore de Suspiria. Mais là s’arrête la comparaison, puisque musicalement, Goblin fait davantage penser à ce qu’un groupe comme Zombi a pu enregistrer sur Surface to Air ou Spirit Animal. Quant à la première moitié de River, elle est difficile à accepter. En revanche, la seconde moitié, qui s’amorce avec un échange de guitares jouissifs durant quelques minutes, est ni plus ni moins un cadeau du ciel pour les musiciens qui apprécient les démonstrations de virtuosité musicale.

Les deux dernières pièces bénéficient, entre autres choses, d’un enrobage de cordes (des vraies, pas celles du mellotron), apportant une certaine satisfaction à l’auditeur, grâce à des arrangements forts bien écrits. Classiques, mais bien écrits, avec une dimensions quasi cinématographique. Enfin, Faith in Others s’avère la plus jolie ballade par un groupe rock/métal entendue depuis quelques temps. Ballade n’est peut-être pas le terme juste. Pièce dramatique? Qu’importe, laissez tomber votre carapace de dur à cuir le temps de cette toune, et venez me dire que vous n’avez pas ressenti un petit quelque chose qui se traduirait par le mot « émotion ». Bah. J’suis peut-être bien quétaine. J’assume!

Au final, Pale Communion – dont la moyenne de l’échelle de dynamique se situe à 11 – n’est pas un disque sans failles. Du même coup, en plus d’une solide réalisation (la prise de son globale est fameuse) et une impressionante exécution (le jeu de la batterie et les solos de guitares tuent tous), les compostions les plus réussies sont tellement bien foutues, qu’on en oublie ses faiblesses.